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Tel Sisyphe

Tel Sisyphe - Jackie Brier

C’était une journée froide, pluvieuse, venteuse, une journée à ne pas sortir, mais je n’avais pas eu le choix. J’avais dû déposer mon mari et mes trois enfants à la gare, qui partaient tous ensemble pour la semaine. Je restais pour m’occuper de la maison, et accueillir les ouvriers qui devaient nous refaire la cuisine. À peine étais-je arrivée chez moi que mon téléphone portable se mit à vibrer. Mon mari m’envoyait un message, car il avait oublié dans la boîte à gants de ma voiture sa paire de lunettes. Heureusement, je suis prévoyante, et je le rappelais pour lui signaler qu’une autre paire, les mêmes, mais en marron, était glissée dans la poche intérieure de son sac de voyage. Je devais, comme toujours quand il partait, vérifier que son bonsaï ne souffrait pas d’un surcroît ou d’un manque d’humidité, telles furent ses recommandations avant de raccrocher.

Je me mis au travail pour préparer la cuisine à accueillir le maçon, le plombier, et tous les autres corps de métier qui se succéderaient pour refaire à notre goût cette pièce. J’isolais l’électroménager dont je devais continuer à me servir, puis je bâchais le sol, je vidais et je démontais les étagères. Des petits moutons de poussière s’étaient amoncelés dans des endroits improbables ou dans des angles inaccessibles à mon aspirateur. Je nettoyais à fond, tout en sachant bien que tout serait bientôt à refaire. C’est comme dans cette histoire grecque, avec Sisyphe qui recommence toujours exactement la même tâche dès qu’il en vient à bout. J’avais lu cette allusion sur un forum où je m’étais inscrite. Je n’avais pas le souvenir de qui avait écrit cette comparaison entre la vie de ménagère et le héros antique, mais j’avais approuvé tout de suite sa justesse.

Lors de tout ce rangement, je retrouvais des ustensiles de cuisine qui avaient glissé derrière le four, une bille coincée dans la rainure d’un meuble en contreplaqué, des trésors en tous genres qui n’en finissaient pas de se succéder. Je finis par laver les murs, puis je regardais l’heure sur la grande pendule de la cuisine. Le temps était vite passé, mais j’avais enfin terminé, tout était prêt. En regardant un documentaire qui parlait de la capacité du Remboursement de crédit des familles québécoises, j’entendis un vibreur résonner. Je me penchais et je retrouvais mon téléphone qui avait glissé sous le canapé. Il était tombé lorsque j’avais posé mon manteau dessus. Je vis que dix messages s’affichaient. Les ouvriers qui devaient venir demain avaient un empêchement, ils reportaient le début du chantier à la semaine d’après.

 

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Femme d’affaires de jour, je suis aussi une fanatique de Web et de rédaction de contenu le soir. Entre les 5 à 7 et les week-ends avec mon amoureux (j’adore les sorties), je ne peux m’empêcher de me rendre sur ce blogue et d’y écrire sur ce qui me passionne et m’interpelle. Mon sujet de prédilection, l’esthétisme. Je dois dire que si je n’étais pas cette femme d’affaires si occupée, je serais probablement en train d’étudier ce métier que je trouve très fascinant. Mais bon, il faut bien dormir parfois! Bienvenue à toi, c’est un véritable plaisir de savoir que tu me lis. À bientôt!